Cet article possède une teneur un peu particulière. Certains d’entre vous sont au courant, d’autres non, mais sachez qu’un drame personnel nous a poussé à rentrer précipitamment en France. Nous ne sommes pour le moment pas en mesure de savoir quelle suite nous donnerons au projet, nous nous laissons le temps de la réflexion. Nous vous tiendrons bien évidemment informés dès que nous aurons pris une décision.
Nous tenions cependant à partager avec vous ce que nous avons vécu au Vietnam. Pour le récit, c’est juste en dessous, quant aux photos, c’est ici. Nous rappelons également que les travaux des écoliers réalisés jusqu’à présent sont en ligne et disponibles ici, rubrique « Témoignages ». Bonne lecture.
Après le départ de Laure et consorts (ça rime) au petit matin direction la Malaisie, nous nous sommes accordés un rab de sommeil, avant de céder à la tentation. Quelle tentation nous direz-vous ? Hé bien, après l’étape record de la veille, nous avons pensé qu’un bon massage nous ferait du bien. Etant complètement novices en la matière, nous avons jugé cette expérience assez intéressante, plutôt agréable mais n’atteignant pas le niveau de jouissance décrit par certains adeptes (on vous voit venir, nous n’avons pas pris de « supplément » !). Ainsi détendus, nous avons pu nous lancer dans la découverte de cette ville si agitée qu’est Hanoï. Une circulation plus que chaotique, un bruit ambiant permanent, mais une atmosphère des plus fascinantes. Une de nos rencontres sur place a comparé le flux circulatoire de la capitale vietnamienne à de l’eau : c’est anarchique mais ça passera toujours. La comparaison est totalement justifiée. Il est impressionnant d’observer la capacité des 2 roues à slalomer pour éviter d’autres véhicules ou personnes, sans pour autant paraître surpris ou stressés. Avec 2 millions de scooters ou mobylettes dans Hanoï et sa région et des feux tricolores n’étant installés que par pure décoration, nous avons vite compris que si nous voulions pouvoir traverser une rue, il fallait nous imposer et marcher au beau milieu des véhicules en mouvement, en faisant confiance à leur capacité d’évitement. Inquiétant au début mais on s’y fait (c’est « concept », comme diraient certains).
Hanoï regorge de petits marchés au charme fou, où se perdre est un véritable plaisir. Nous avons ainsi passé de nombreuses heures à déambuler au gré de nos envies, nous laissant peu à peu happer par l’ambiance si particulière de cette ville. Mais nous avons aussi été confrontés au mauvais esprit de certains commerçants vietnamiens, pas très honnêtes envers 2 petits touristes français pourtant pétris de bonnes intentions (il faut respecter les vainqueurs de Dien Bien Phu quand même !). Le summum a été atteint lorsque nous avons été littéralement séquestrés dans un café parce que nous ne voulions pas payer le double du prix qui avait été fixé à la base. Nous sommes donc sortis de force… par la fenêtre. Nous pensons être persona non grata sur ce lieu depuis.
Nous avons mis une petite parenthèse dans notre séjour sur Hanoï, en nous organisant une excursion d’une journée à Sapa, ville située au nord du Vietnam, célèbre pour ses paysages de rizières en terrasse. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela valait la peine. Fuyant le flot de touristes occidentaux, nous nous sommes enfoncés dans les rizières pour finalement nous retrouver complètement seuls en compagnie des locaux, au milieu d’un décor sublime. Une expérience grandiose dont nous nous souviendrons longtemps !
De retour sur Hanoï après un voyage en train de nuit qui nous a semblé bien court, nous avons expérimenté la réservation d’une chambre d’hôtel juste pour une matinée, histoire de dormir un peu. L’après-midi fut ensuite consacré à la visite des quartiers que nous n’avions pas encore vus, avant de nous rendre chez Annette, la Néerlandaise qui nous avait servi de guide à notre arrivée sur Hanoï, et qui nous a gentiment proposé un hébergement sur le toit de sa maison. Adorable. Nous avons conclu cette belle expérience d’Hanoï par un dîner vietnamien typique, avant de faire une petite balade à scooter pour avoir une vision de la ville by night, et goûter les choses étranges qui font office de dessert au Vietnam. Gluant mais intéressant !
Plus que ravis de notre visite de Hanoï, nous nous sommes mis en route, non sans avoir chaleureusement remercié Annette et ses colocs pour leur hospitalité. La sortie d’Hanoï se fit sans trop de problèmes, mais c’est toujours lorsqu’on s’y attend le moins que quelque chose arrive. Nous évoquions précédemment l’habileté des scooters vietnamiens à se faufiler et à éviter les autres véhicules en mouvement. Hé bien David a appris à ses dépends qu’à toute règle il y a des exceptions. Et hop, le scooter en plein dans le vélo. Bilan, une chute spectaculaire heureusement sans gravité, assortie d’une belle frayeur. Cet incident a provoqué l’émoi des témoins de la scène, tant est si bien qu’un Vietnamien à mobylette, sans qu’on ne lui ait rien demandé, nous a escorté sur une dizaine de kilomètres, nous ouvrant la route et écartant les véhicules jugés dangereux. Ne manquait plus que la caravane distribuant des casquettes Cochonou (oui, on sait, pas de marques) et on se serait cru en plein Tour de France ! L’apparition de la pluie a marqué notre déjeuner. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas été rincés de la sorte. Lors d’une pause, un groupe de garagistes nous a invités à rejoindre sa table pour nous offrir du thé et des fruits. La communication fut évidemment très limitée mais le moment fort sympathique. Arrivés à Ninh Binh, notre ville-étape, nous avons mis un petit moment à trouver un lieu d’hébergement pour les 2 jours que nous comptions passer sur place. Une fois dans l’hôtel, la tempête s’est abattue, privant la ville d’électricité et plongeant l’hôtel dans une ambiance surréaliste, à base d’employés paniqués se déplaçant avec des bougies. Heureusement, une heure plus tard, il fut décidé que la lumière soit, et la lumière fut !
Pour la première fois du voyage, nous avons dû faire face à une situation tout à fait originale : avec un rendez vous pris pour retrouver les parents de David à Hué, et vu la faible distance nous séparant de cette ville, nous sommes dans l’obligation de traîner en route pour ne pas arriver trop en avance. Allez hop, on ajoute un jour de repos sur Ninh Binh. Cela tombe bien, une grippe cloue l’un de vos 2 cyclistes favoris au lit. Ca lui laissera le temps de se remettre et accessoirement visiter les quelques curiosités touristiques de la région. Pour ce faire, nous changeons de moyen de transport et profitons de prix archi bas pour louer un scooter. Ca va nettement plus vite un 2 roues à moteur (n’est ce pas M. Cancelara ?) ! Entre la visite d’une cathédrale, une promenade de 2 heures en barque au milieu des rizières ou la montée de 500 marches pour admirer un très beau point de vue, nous n’avons pas chômé. Après 3 jours passés à Ninh Binh, il est temps d’avancer, mais pas trop vite !
Le fait de devoir prendre notre temps pour arriver à Hué nous pousse à raccourcir les étapes. 60 kilomètres par ci, 50 par là… Cela nous permet de boucler nos journées de vélo rapidement et de nous poser dans des villes ne présentant strictement aucun intérêt sur le plan touristique, mais qui a pour mérite de nous faire découvrir le Vietnam profond et certaines de ses curiosités. Par exemple, dans la ville de Vinh, nous avons eu la surprise de nous voir apostrophés par les habitants dans une langue que nous n’aurions pas soupçonnée dans cette partie du monde : l’allemand. Explication : Vinh a été totalement détruite par les Américains pendant la guerre et a pu être reconstruite grâce à des fonds venus d’Allemagne de l’Est. Vu notre faible niveau dans la langue de Goethe, nous n’avons pas été bien aidés pour communiquer, mais c’était une expérience rigolote de voir des locaux nous saluer par des « guten tag » !
Nous sommes en train de développer une maladie mentale que l’on pourrait baptiser « klaxonophobie ». Le fait d’entendre ce maudit engin en permanence nous hérisse le poil et nous pousse à imaginer les pires supplices à infliger au chauffeur adepte de l’avertisseur sonore (et ils sont nombreux au Vietnam). Cette vilaine maladie nous gâche un peu le plaisir d’être sur la route et nous investirions volontiers dans des boules Quiès si nous n’avions pas besoin d’être en alerte, par sécurité. Bref, au Vietnam, ça klaxonne et ça n’est pas agréable. Mais ça ne nous empêche pas de nous hâter avec lenteur (comme dirait l’autre) et d’avancer. Les jours se suivent, apportant leur lot de surprises et d’étonnement. Nous avons pu vérifier l’alcoolisme chronique des Vietnamiens qui, quelle que soit l’heure de la journée (cela inclut bien sûr la matinée), ont en permanence des bouteilles de bière (ou autre) ouvertes. PE s’est essayé à la gastronomie locale en testant l’œuf fécondé. Autrement dit, il s’est farci un œuf contenant un embryon de poussin. Miam ! Nous profitons de ce paragraphe pour envoyer des pensées compatissantes au pauvre Néerlandais rencontré dans le village de Ky Ahn (déjà que dans une ville il n’y pas grand-chose à faire, imaginez un village !), envoyé par son employeur et coincé un mois sur place !
Il ne serait pas juste de résumer cette partie du voyage au Vietnam par une succession de villes sans intérêt. Dong Hoi, par exemple, méritait le détour, non pas pour sa citadelle recommandée par le guide (que nous avons tout de même visité !) mais pour sa plage, synonyme de bain rafraichissant que nous espérions depuis belle lurette. Hélas, les éléments en ont décidé autrement puisque de forts courants associés à de grosses vagues rendaient impossibles toute baignade, sauf aux candidats à la noyade parmi lesquels nous ne comptons pas. Et c’est raté pour les petits plongeons dans l’eau ! En quittant Dong Hoi, nous nous étions mis en tête de parcourir les 100 bornes nous séparant de la ville de Dong Ha (oui, ça ressemble, mais ça n’est pas la même ville) et d’y passer une journée afin de visiter les tunnels de la zone démilitarisée (n’ayez crainte, les explications viennent ensuite). La matinée fut riche en rencontres puisque le quota d’enfants vietnamiens super mignons qui disent « hello » avec un grand sourire craquant, fut largement dépassé. Avec de tels spécimens, Madonna ferait surement une razzia pour parfaire son plan d’adoption ! Nous avons également croisé la route d’une centaine de cyclistes portant des drapeaux rouges et verts. On se demande encore qui ils étaient mais la rencontre, aussi brève fut elle, nous fit bien rire. Finalement, notre étape s’acheva plus tôt que prévu puisque nous avons réussi à dégoter un hôtel dans la « ville » de Ho Xa, située à 2 pas des tunnels. Nous serons donc en première ligne pour la visite du lendemain !
Après une petite grasse mat et une séance de torture made in Vietnam pour David (comprenez un rasage à la lame et sans mousse à raser sur une barbe de un mois, ce qui fait très très mal), nous avons jeté nos dernières forces dans la bataille pour convaincre la propriétaire de notre hôtel de nous louer son scooter. La Vietnamienne est dure en affaires, cela prit un petit moment mais nous sommes parvenus à la convaincre et nous nous sommes mis en route direction les fameux tunnels de Vinh Moc.
Stop, petit aparté historique : la zone démilitarisée marquait, dans les années 50, la frontière entre le Vietnam Nord, communiste dirigé par Ho Chi Minh, et le Vietnam Sud, soutenu par les Etats-Unis. Ironiquement, pendant la guerre du Vietnam, la zone démilitarisée devint la zone la plus militarisée au monde. Apocalypse Now, Platoon, Full Metal Jacket… c’est le moment de réviser vos classiques. Les tunnels de Vinh Moc furent creusés par de nombreuses familles des environs pour s’abriter des bombardements américains quasi quotidiens dans cette zone pendant la guerre. Au fur et à mesure des années, le réseau de galeries souterraines se développa, servant notamment de cachettes aux combattants Viet Minh et aux soldats de l’armée nord vietnamienne. C’est donc dans ce lieu chargé d’Histoire que nous nous sommes rendus. Impressionnant et émouvant d’imaginer la vie de familles dans cette immense réseau sous la terre, parfois à plus de 23m de profondeur ! En bref, une visite des plus intéressantes, qui rompit la monotonie des derniers jours.
Après la visite historique de la veille, c’est tout juste si nous ne nous attendions pas à entendre la Chevauchée de Walkyries diffusée par les hauts parleurs de l’allée centrale (enfin, la seule route) de Ho Xa, en partant ce matin. Une micro étape au programme, 40 petits kilomètres, une broutille pour les brutes physiques que nous sommes devenus. Effectivement, ça a été vite bouclé, mais avec un fort vent de face, ça n’est pas passé aussi facilement qu’on aurait pu le croire. Enfin bon, plus que 60km et nous sommes à Hué. Ouais ! OK, elle est nulle !
Pressés de retrouver les parents de David et de profiter d’un repos d’une dizaine de jours, nous avons mis le turbo pour nous débarrasser de la soixantaine de kilomètres nous séparant de Hué, et sommes arrivés devant le superbe hôtel où nous avions rendez vous. Nous nous sommes fait un petit plaisir en nous délectant de l’excellente nourriture proposée par un fast food. La bouffe viet on s’en lasse ! Après de joyeuses retrouvailles, nous nous sommes détendus dans les installations de l’hôtel, la piscine en tout premier lieu. Quel pied !
Les jours suivants furent consacrés à la visite de Hué. Cette ville a la particularité de posséder des bâtiments d’aspect ancien mais n’excédant pas 150 ans d’âge. Du vieux nouveau en somme. Hué fut désignée capitale du Vietnam par les rois de la dynastie N’Guyen à partir de la fin du XIXe siècle. Ces rois, désireux de laisser une trace, firent construire des mausolées monumentaux accueillant leurs tombeaux une fois décédés. Ces mausolées constituent l’une des principales curiosités de la ville. Conçus à l’image de leurs commanditaires, ces véritables palais sont tous différents. Kitschissimes pour certains, plus discrets pour d’autres, ils sont généralement situés dans des cadres magnifiques. Un tourisme des plus agréables. L’impressionnante citadelle impériale, au cœur de la ville fit également l’objet d’une visite approfondie.
Après 3 jours sur Hué, changement de programme et place à la mer en direction des villes de Da Nang et Hoi An. En passant par une route grandiose nous avons pu nous délecter de paysages sublimes (ah, le col des nuages, quelle vue !) et goûter aux joies d’un bain dans une mer turquoise à 28°C. Le bonheur ! Si on ajoute à cela la visite d’un atelier de fabrication de statues en marbre, et celle d’un musée très intéressant sur une civilisation vietnamienne (culture quand tu nous tiens), quelques instants shopping et d’autres petits plongeons dans l’eau, vous comprendrez que la vie fut très difficile !
C’est dans ce cadre parfait que nous avons appris la triste nouvelle qui nous a poussés à rentrer. Nos retrouvailles avec la France ont donc été un peu plus rapides que prévues et pas tout à fait dans les conditions qu’on aurait souhaitées. Il est encore trop tôt pour décider si cet article marque la fin de notre aventure, mais promis, on vous tient au courant. A très vite !
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