Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 20:56

Chers lecteurs, les 2 narrateurs sur roulettes que nous sommes tiennent, avant de continuer notre récit, à vous souhaiter à toutes et à tous une excellente année 2010.

 

 

Ceci étant dit, revenons à ce qui vous intéresse (les vœux ce n’est pas ce qu’il y a de plus passionnant ni original, non ?), la suite de nos aventures. Mais tant qu’à rester sur le Nouvel An, peut être voudriez vous savoir comment se sont occupés vos dévoués cyclistes pour le passage de 2009 à 2010. Hé bien, ils ont fêté ça à Barcelone, oui carrément, en compagnie de Mathilde et Simon. Au programme de ces quelques jours, visites, ballades, grasses matinées, repos et fiesta. Après ça, difficile de reprendre la route, mais l’appel du cycle se fait sentir, alors direction le Sud !
Barcelone-Castell-Ferro 2320 

Nous avions prévu de galérer pour sortir de cette grande ville qu’est Barcelone, mais peut-être pas autant. Une bonne heure à pédaler à toute allure pour éviter de se faire méchamment klaxonner et frôler par les automobilistes barcelonais, décidément pas de très bonne humeur le matin. Si vous cherchez un endroit pour déprimer en paix, on vous conseille la banlieue de Barcelone sous un ciel gris. Le moral n’était donc pas au beau fixe quand nous avons enfin quitté ces villes sinistres pour longer la côte, déjà plus jolie. Et rien de tel qu’un peu de montagne pour se mettre en jambe le matin. La belle route de corniche nous donne du fil à retordre, mais nous en venons à bout et avons déjà parcouru 60 km avant le déjeuner. Pas mal pour une reprise ! Ah oui, on ne vous a pas parlé du programme prévu : 130 km pour rejoindre notre lieu d’hébergement, un hôtel tenu par le frère d’une amie, à 30 km de Tarragone.
 

Hôtel que nous ne verrons malheureusement jamais ! On s’explique : juste après la pause, David commença à sentir un énorme coup de fatigue arriver. Impossible pour lui de pédaler convenablement. Le coup de mou fatal. Mauvaise alimentation (il est vrai que pendant ces 4 jours, notre alimentation n’aurait pas été mise à l’honneur dans les manuels de diététique !) ? Reprise trop brutale ? Peut-être un peu de tout. Toujours est il que nous avons du prendre la décision de renoncer à l’hôtel et continuer le long de la côte, à une allure d’escargot à pédales, pour boucler une étape de 85km douloureuse physiquement comme moralement.  Allez, une bonne nuit sous la tente, un plat de pâtes et on espère que ça ira mieux demain !

Dormir 10 heures, quel luxe ! Hé oui, on se couchant à 20h, on peut être matinal et atteindre ce quota réparateur. Tout devait donc aller pour le mieux en ce petit matin, sauf que dès les premiers kilomètres, les jambes de David lui firent sentir qu’elles n’étaient pas encore remises de la pause barcelonaise. Ajouté à cela un temps gris et froid, un paysage des plus monotones et pas un chat espagnol dans les rues, vous vous douterez qu’on ne dansait pas la lambada !

Une fois n’est pas coutume, parlons météo. Qui a été raconter qu’il faisait beau en Espagne ? Nous allons finir par attaquer le Sébastien Folin ibérique pour publicité mensongère ! Du soleil en Espagne ? Nos yeux (bah oui, nous sommes 2, donc le pluriel de « mon œil » ça donne ça, non ?). Péniblement rendus à Tarragone, des trombes d’eau nous sont tombées dessus, et ça, juste au moment d’emprunter une route très fréquentée. Idéal. Ces conditions atmosphériques cauchemardesques ont du agir comme un électrochoc, car David a retrouvé ses jambes pour les kilomètres de grand frisson, bien aidé en cela par les encouragements de PE. Belle solidarité !
Barcelone-Castell-Ferro 2775 

Après une pause déjeuner rapide sur le front de mer, dans une station balnéaire déserte, nous avons longé la côte passant de ville morte en ville morte. Pas très gai. Au moment d’un arrêt, alors qu’il nous restait 45 minutes avant la nuit, un voyageur à vélo vient à notre rencontre. Tiens, lui aussi il est surchargé. Tiens, lui aussi il parle français. C’est comme ça que nous avons rencontré Baptiste, qui effectue un tour d’Europe à vélo, et avec qui nous décidons de passer la soirée et de partager notre lieu de camping. Et à rencontre exceptionnelle, lieu de bivouac exceptionnel ! Quoi de mieux que de squatter un camping 4 étoiles fermé, face à la mer ? Le spot idéal, on vous le dit !
Barcelone-Castell-Ferro 2686 

Nous avons quitté (avec regrets) notre squatt grand luxe et nous avons souhaité bonne route à Baptiste qui partait vers le Nord. Une boule jaune, brillante et chauffante luisait dans un ciel d’une couleur inhabituellement bleue. Comment ? On appelle ça le soleil ? Ha oui, désolés depuis le temps qu’il n’avait pas pointé le bout de son nez celui-là, on l’avait presque oublié. Soleil, oui. Grand ciel bleu, d’accord. Mais il semblerait que quelqu’un ou quelque chose ait décidé  l’incompatibilité des conditions idéales sur ce tour du monde. Des rafales de vent à décorner un taureau espagnol nous ont bien montré que faire joujou avec un vélo pendant un an, au lieu d’aller bosser, ça se méritait. Et de face, c’est tellement plus drôle ! Mais bon, ne nous laissons pas abattre, on avance certes à la vitesse d’un piéton, mais on avance. Et en prime, on peut même avoir de si jolies vues sur la centrale nucléaire, qui embellit cette fin de Catalogne. Heureusement, une descente de 4km nous a fait oublier cette matinée venteuse, et c’est (presque) sans Eole que nous avons rejoint le niveau de la mer, pour longer la côte à une allure plus décente.

Par ailleurs, il semblerait que PE ait (volontairement ou pas) outragé le dieu de la mécanique cycliste : après des problèmes de béquille, c’est à présent au tour des freins de faire des leurs. Patins usés, pas très sécurisant tout ça. Vivement un magasin de vélo ! Mais pourquoi ne pas s’en occuper d’urgence ? Pour la simple et bonne raison que c’est la fête des rois en Espagne et que tout est fermé. Pas grand chose d’autre à signaler cet après midi, si ce n’est notre première rencontre avec la Guardia Civil, le long de la route, que nos « Buenos Dias ! » ont eu du mal à dérider. Bizarre. On notera également la présence assez sordide de prostituées le long de ces routes désormais castillanes. Qui a osé demander si on s’était arrêté ?!

Arrivés à Peniscola avec 100 km dans les pattes, c’est assez ravis que nous sommes tombés sur un camping rempli de retraités français et allemands venus passer l’hiver au soleil (quand il y en a, bien sûr), qui nous ont chaleureusement adopté. Douche et même jacuzzi au programme avec pour finir, une invitation à dîner dans la caravane d’un couple d’Alsaciens, dont la femme nous a bombardé de blagues coquines après quelques verres de vin. Elle est pas belle la vie ?
Barcelone-Castell-Ferro 2663 

Peut-être la lassitude du rituel du lever à 6h sous la tente, peut-être la fatigue accumulée depuis notre départ de Barcelone. Toujours est il que le réveil est particulièrement difficile ce matin, et les gouttes de pluie qui frappent contre la toile ne nous encouragent pas à mettre le nez dehors. Tiens, on a laissé des affaires sécher cette nuit à l’extérieur. Quelle bonne idée ! Rien de tel que des fringues trempées pour commencer une journée de bonne humeur.

Nous avons quitté le camping sénior sous une pluie qui n’allait pas nous lâcher. Il ne nous manque que la grêle et on aura tout eu question météo. Après une petite mise en jambes dans les rues de Peniscola, nous voici vite dans le vif du sujet : une voie plus que rapide remplie de camions nous frôlant à 100km/h. A tous les amateurs de Space Mountain et autres Goudurix, on vous conseille la N340 par temps de pluie. Niveau adrénaline c’est le top, particulièrement quand nos amis espagnols décident de corser le jeu en supprimant la bande d’arrêt d’urgence. On a essayé de ne pas faire le test pour savoir qui gagne à vélo contre poids lourd.

Ce sadisme espagnol est l’occasion d’un petit aparté pour exposer une question que l’on se pose régulièrement depuis qu’on a franchi les Pyrénées. Comment un peuple qui aime autant le vélo, dont les pratiquants se croisent par centaines le long des routes que l’on parcourt, et qui produit des champions de classe internationale, peut il être aussi vache avec les cyclistes ? On s’explique : pistes cyclables cabossées, comportant des dos d’âne et se terminant par une marche, indications menant tout droit aux autoroutes… Bref, on peste assez souvent.

Mais revenons à nos moutons ibériques. L’avantage d’une nationale très fréquentée, c’est qu’on est obligés d’aller vite. Résultat, les 50km de la matinée, entrecoupés de pauses dans des cafés peuplés de routiers fonctionnant au rouge à 9h du mat (rassurant quand on voit le nombre de camions qui nous croisent), furent vite expédiés. Et c’est trempés comme des gaspachos (il faut bien adapter les expressions au pays visité) que nous avons déjeuné sous un abribus, à côté de 2 types attendant un bus qui n’est jamais venu !

La digestion a été accélérée par un gros moment de frayeur : une montée raide sous cette maudite pluie, avec vent de face, camions en continu et bien sûr, sans bande d’arrêt d’urgence. L’enfer ! Nous avons heureusement quitté assez vite ce lieu totalement contre indiqué à tout cycliste souhaitant rester en vie et obliqué sur Benicassim, station balnéaire aux routes inondées. La Nouvelle Orléans après Katrina devait ressembler à ça ! On oublierait presque de dire qu’après PE, c’est au tour de David de jouer à faire du vélo sans freins, pour cause de patins usés.

Après une après midi sous des trombes d’eau, et un passage par des zones industrielles malodorantes, c’est rincés dans tous les sens du terme que faute de n’avoir pu trouver un camping, nous avons terminé cette étape de 100km dans une pension de Buriana.

Allez, plus que 60 malheureuses bornes et à nous le repos valencian. Mais il était écrit que nous devions boire le calice jusqu’à la lie (oui, nous avons notre quota d’expressions recherchées à placer). Dès que nous avons mis le nez dehors, nous avons senti que la température avait chuté par rapport à la veille. Conséquence,  la pluie s’est transformée en une sorte de neige mouillante. Pas les jolis flocons qui tourbillonnent et viennent gentiment se poser sur votre veste. Non, la sale neige. Celle qui vous transperce les couches de vêtements et qui vous laisse aussi trempés qu’avec de la vraie pluie, la sensation de froid intensifiée. Sympa, non ?

C’est donc sous ce temps que nous avons emprunté, et de nuit s’il vous plait, des petites routes toutes cabossées menant tout droit à…l’autoroute ! Heureusement, on nous a indiqué un moyen de rejoindre une ville qui porte bien son nom : Nules !
Barcelone-Castell-Ferro 2817  

La suite fut beaucoup moins douloureuse puisque tout s’est bien enchaîné jusqu’à Valence, où enfin posés dans une auberge de jeunesse, nous allons tenter de nous remettre de nos émotions et de profiter de ces quelques jours sans vélo, entre Valence, Alméria et Grenade !

Justement, ces quelques jours off furent loin d’être inoccupés. Visite express de la ville de Valence avant de prendre un bus pour Alméria, bus qui n’a d’ailleurs failli jamais nous voir à son bord, tellement le chauffeur, borné, ne voulait pas que nous y mettions nos vélos. Après d’âpres négociations et autres suppliques, nous avons finalement pu partir pour Alméria, où Carl et Patricia nous ont accueilli pour la nuit. Le lendemain matin, départ pour Grenade en bus, mais sans les vélos. Visite de l’Alhambra sous la neige et ballade en compagnie de Candice, notre hébergeuse, ont contribué à rendre cette escapade plus que sympathique. De retour à Alméria, nous avons conclu ces 3 jours de repos, par une tournée des bars à tapas, en compagnie de Carl et Patricia.
Barcelone-Castell-Ferro 3249 

Le retour à la vie des routes fut marqué par notre record battu du plus faible kilométrage sur une étape « roulée » (sont donc exclus les jours de repos et l’arrêt forcé à Argenton) : 20km !

Retour sur une journée cauchemardesque. Tout avait pourtant bien commencé : les adieux et le chargement ont été expédiés dans des délais raisonnables pour les forcenés du temps que nous sommes contraints d’être.

Mais dès les premiers kilomètres, un bruit étrange sur la roue arrière du vélo de David nous fit stopper, examiner, resserrer, sans que cela ne change quelque chose au problème. Une seule solution : revenir à Alméria et trouver un magasin de vélos pour vérifier ça. Ou comment perdre une matinée complète à attendre qu’un réparateur en termine.

Allez hop, on recommence le départ, on emprunte la même route, et on souffre. Oui car le vent (qu’on était censés avoir dans le dos d’après Carl) a eu la mauvaise idée de changer d’avis et de venir nous aider à faire du surplace. A ce rythme là, nous n’avions pas beaucoup progressé quand il a fallut songer à trouver un endroit pour planter la tente. Seulement, dans ce qu’on appelle la « mer de plastique » à cause de serres à perte de vue, impossible de trouver le coin idéal, le vent redoublant d’intensité n’arrangeant rien.

Nous décidons de tester l’hospitalité ibérique. Peine perdue, on nous renvoie dans les cordes sans plus de manières en nous parlant d’hôtels. Et si on allait voir à la station service d’à côté ? En plus un camping car immatriculé en France est garé sur une aire de repos. Le salut sera-t-il gaulois ? Quelle naïveté ! Cet énergumène, pourtant sympathique de prime abord, ne nous a jamais proposé un abri, nous regardant galérer à monter et démonter la tente à cause de la tempête, se permettant même des remarques du genre « ah c’est dur le camping ! ».

N’ayant pas d’autres choix, la nuit étant tombée depuis longtemps, nous décidons de nous rendre à l’hôtel indiqué par un barman espagnol, situé le long de l’autoroute, en empruntant une voie de service. Le vent et la pluie étaient tellement violents qu’il nous a été impossible de pédaler. C’est donc en poussant nos lourds chargements que nous avons parcouru ces quelques kilomètres, maudissant français et espagnols de ne pas faire preuve d’un peu de générosité quand il s’agit d’héberger pour une nuit 2 sympathiques cyclotouristes, par un temps à ne pas mettre un chien dehors.

Vaccinés par cette amère expérience, nous étions bien décidés à rester à l’hôtel si les conditions climatiques reproduisaient le même schéma. Mais le grand beau temps nous obligea à plier bagage, en s’étant tout de même accordé un rab de sommeil.

Quel plaisir de ne pas être obligé de se casser le dos pour laisser le moins de prise possible au vent. Quel bonheur d’être seulement trempés par la transpiration ! Nous avons donc pu bien avancer, nous offrant même une partie VTT dans les serres à tomates. Et comme ça faisait longtemps, la montagne s’est rappelée à notre bon souvenir. Mais même cet effort fut pris avec le sourire, tellement nous étions marqués par l’horreur de la veille. Et c’est dans un camping de Castell de Ferro que nous avons pu peaufiner les derniers détails de notre fin de programme espagnol.

Plus que quelques centaines de kilomètres et à nous les pistes marocaines !
Barcelone-Castell-Ferro 3330 

Le peu de temps dont nous disposons ne nous permet malheureusement pas de mettre plus de photos. Mais promis, dès qu'on peut, on vous publie un album du feu de dieu!

Par raconte moi ton pays
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