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Ah le Maroc ! Enfin ! Terminé l’Europe, à nous l’Afrique ! Comment ça,
cela fait une semaine que nous y sommes et que l’on ne vous écrit que maintenant ? Mais va falloir vous calmer sur les délais chers amis, il y en a qui pédalent ici ! Bon, allez, c’est
parti pour le compte rendu, puisque vous insistez !
Comme on vous sait mordus de belles images, tout se trouve ici !
Nous en étions restés à Tanger, où nous avions reçu un superbe accueil. Hé bien, on peut vous dire qu’il y a des gens qui vous donnent envie de prolonger une étape et qui vous fournissent
quelques regrets quand l’heure est venue de reprendre la route. Jean-Pierre et Muriel font partie de ces gens là. Gentils, bienveillants, disponibles… le vocabulaire le plus laudatif (si si, ça
existe !!) ne suffirait pas, tellement nous avons été choyés pendant ce séjour tangérois. Mais cela ne veut pas dire qu’il a été de tout repos. La preuve, nous avons à peine eu le temps de
visiter la ville tellement nous avons été occupés. L’activité chronophage ? Rencontrer les enfants. Nous sommes passés devant ni plus ni moins de 3 classes de primaire (2 CE1 et 1 CM1),
ajouté à cela une présentation devant 100 enfants de maternelle. Expérience vraiment géniale, mais bien crevante !
Le reste du temps fut consacré à la discussion avec le personnel de l’école (les enseignants en particulier), les parents, et même quelques jeunes marocains que nous avons rencontrés dans un club
de billard, où nous avions été emmenés par Vincent, un des profs de CE1, très investi dans le projet, et à qui nous devons beaucoup (particulièrement une invitation à un délicieux couscous et une
interview donnée à un journaliste d’un canard local que vous pourrez retrouver en cliquant ici.
Tanger nous a vraiment émerveillés, de par la diversité de ses quartiers et de son
architecture, de son activité incessante et de sa population toujours en mouvement, de par sa situation géographique et les conséquences que cela entraine. Mais il faut bien sortir les vélos du
garage si nous voulons pouvoir partir à la découverte de ce pays fascinant qu’est le Maroc.
Après une séance photo devant l’école, nous avons dit au revoir à Jean-Pierre et Muriel, et nous nous sommes enfoncés dans les rues agitées de Tanger, prêts à braver la conduite marocaine, contre laquelle on nous a tant averti. Notre objectif de la journée : Larrache, située à 85km, ville où le réseau de l’école française avait pu nous trouver un hébergement.
Les lecteurs assidus que vous êtes n’auront pas manqué de remarquer qu’à chaque étape
de reprise, il nous est arrivé quelque chose de fâcheux, nous empêchant de réaliser le kilométrage prévu. Barcelone : grosse fatigue. Alméria : problème mécanique. Tanger : soyez
patients, que diable ! Hé bien, nous ne vous ferons pas le plaisir de vous narrer une énième galère, bande de sadiques ! Pour la première fois depuis notre départ, un miracle
météorologique et topologique s’est accompli :du soleil, pas de vent et du plat. Halléluia ! Résultat, nous filons comme le vent (qui lui est absent, suivez un petit peu, ça commence à
devenir pénible de devoir tout répéter !), et c’est abasourdis par notre performance que nous avons atteint Larrache à … 13h30 ! Après avoir déjeuné de poisson grillé pour la modique
somme de 40 dirhams (soit moins de 4€) et étudié la carte, nous décidons de pousser jusqu’à Moulay Bousselham, en ayant au préalable décommandé notre hébergement à Larrache (que ceux qui ont
songé à un jeu de mots douteux nous copient 500 fois « je ne dois pas douter du talent narratif de David et Pierre-Etienne ») et confirmé un autre lieu d’accueil sur Moulay. Nous nous
sommes enfoncés dans la campagne profonde, celle où des routes bitumées succèdent à des pistes défoncées (nos vélos n’ont pas tellement apprécié d’être transformés en VTT), celle où les ânes,
vaches, poules, chevaux, moutons (pas de cochons, vous oubliez où nous nous trouvons ?) peuvent côtoyer les voitures les plus modernes, celle où des bus surpeuplés dépassent des tracteurs
surchargés, celle où des enfants un peu agressifs vous courent après et manquent de vous faire tomber… On a donc eu tout ça pendant une cinquantaines de kilomètres, pour arriver épuisés à Moulay,
après cette étape de 140km. New record !!!
C’est donc après avoir bien écrasé que nous avons connu le plaisir de nous réveiller au bord de la mer et d’entendre le bruit des vagues au petit déj. Mais il a bien fallut quitter ce lieu
magique pour rouler cette étape devant nous amener à Kenitra. Les jambes un peu lourdes de la journée héroïque de la veille, nous nous confrontons dès le début aux joies de la piste marocaine.
Ah, le bonheur de devoir zigzaguer entre les trous, éviter les bosses et les plaques de sable glissantes, le tout en laissant passer les camions. Oui car au Maroc, le code de la route est
simple : plus tu fais mal à l’autre en cas de choc, plus tu as la priorité. Ainsi le camion l’emporte sur la voiture qui l’emporte sur le vélo… On pourra noter une sorte d’exception à cette
règle, car les ânes nous laissent passer. N’en déduisez pas que l’on peut se prendre un âne dans les dents sans douleur, ça pèse son poids ces bêtes là !
Mais tout ça est tellement pittoresque, parfois incongru. Nous nous sommes fait
engluer dans un embouteillage monstre aux abords d’un marché. Nos voisins de bouchon : un âne, un cheval attelé à une carriole en bois, un camion, une mobylette défoncée, des moutons, une
vache, quelques vélos rouillés et des poules à nos pieds. Surréaliste !
Nettement moins sympa, nos rencontres avec quelques groupes d’enfants nous courant après et nous jetant parfois des objets, heureusement sans nous atteindre. Nous avons pu également
constater qu’il était totalement inutile de demander à un local de nous indiquer la distance restant à parcourir par rapport à un point. 5 ou 100 km, cela varie selon la personne, et les panneaux
d’indications kilométriques ne sont guère plus fiables. L’étape nous a donc paru assez longue, mais nous sommes finalement arrivés à Kenitra, hébergés à l’école marocaine Don Bosco par le père
Cristobal, directeur du lieu. Ont suivi une invitation dans les locaux d’une agence de communication (ou comment parler packaging pendant une heure) puis un dîner très sympa en compagnie des
prêtres de l’école.
Nous avions été prévenus la veille par le père Cristobal de notre intervention devant
les enfants de son école. Aussi, aussitôt le petit déjeuner avalé et les affaires bouclées, nous nous sommes rendus avec nos vélos dans la cour de l’école et sommes montés sur l’estrade devant
700 paires d’yeux braquées sur nous ! Notre mission : expliquer en 5 minutes maximum à cette large audience, les raisons de notre venue. Ceci restera un grand moment de notre voyage,
car être applaudis par 700 personnes, prendre un bain de foule et entendre celle-ci crier « Raconte moi ton pays » en français puis en arabe, on peut vous dire que çà donne des
frissons !
C’est donc avec un grand sourire que nous avons pris la route pour Rabat, route qui fut avalée en une bouchée de temps. Nous voyons vraiment la différence par rapport au début, quant à la
capacité de nos jambes à pousser sur les pédales. Une fois arrivés sur Rabat, nous comptions demander asile auprès du directeur de l’école française Chénier, avec qui nous avions pris contact le
jour précédent. Quand celui-ci nous a appelé pour nous demander où nous en étions et que nous lui avons répondu que nous étions déjà sur place, il nous a annoncé qu’une classe de CM2 était prête
à nous recevoir dans…10 minutes ! Branle bas de combat, on se change en 4e vitesse et c’est parti pour une intervention d’une heure, très réussie ! On commence à bien
maîtriser notre discours et ça se sent à la réaction des élèves. Nous avons ensuite eu la chance d’être invités à partager la galette des rois avec une classe de grande section de
maternelle.
A la sortie, nous ne savions toujours pas où nous allions passer la nuit. C’est alors que Michel s’est présenté à nous. Enseignant en maternelle, il nous a simplement proposé de nous héberger. Et nous voilà partis à vélo, à travers la médina, pour pénétrer dans la demeure de Michel, de sa femme Adriana et de leur petit garçon Fagundo : un superbe riad au cœur de la médina. Dure la vie de voyageur !
Ah Rabat ! Une escale comme on les aime : repos, visites et rencontres. Nos
hôtes nous ont charmé par leur état d’esprit, leur vision très réaliste du Maroc d’aujourd’hui, et pour ne rien gâcher, par leur passion du voyage. Ca en a fait de la bonne discussion tout
ça ! Nous avons pu nous balader dans la médina et dans la kasbah (pour les incultes, la médina correspond à la vieille ville, la kasbah à la forteresse) de cette ville très occidentalisée
par endroits, plus traditionnelle par d’autres. Tout ceci fut complété par une visite de la ville en voiture en compagnie d’Amina et de sa petite famille, avec qui nous avons passé une après midi
fort sympathique. Seul bémol : la pluie a fait son apparition en terre marocaine et risque fort d’être de la partie pour les jours à venir. De quoi avoir envie de prolonger notre escale
rabatie, mais il faut bien avancer un peu !
De la pluie prévue par la météo marocaine ? Qu’importe, nous préparons à affronter les éléments en décidant d’ignorer la proposition certes très alléchante de Michel, de rester chez lui
jusqu’au retour du soleil. Et surprise quand nous sortons, point de pluie ! C’est donc au sec que nous avons pu quitter Rabat. Mais la météo locale est a priori malheureusement fiable, et
l’eau nous est tombée dessus au bout de quelques kilomètres. Mais sans vent et avec une température raisonnablement haute, avancer est toujours possible. Quelques coins de ciel bleu nous donnent
de l’espoir, vite envolé quand la grosse couche nuageuse a pris le dessus. Et c’est en pleine averse que nous est arrivé ce que nous n’avions pas eu en 2000km : une crevaison, sur la roue
arrière de David en l’occurrence. PE le mécano en chef a pris les choses en main et c’est avec une chambre à air toute neuve sur l’un des vélos que nous avons pu continuer à braver les
gouttes.
C’était décidément la journée des expériences : après la crevaison, l’arnaque à
la marocaine. Nous étant arrêtés dans un petit restau pour casser la croute, nous nous voyons apporter en plus de notre commande, salade, riz et autres accompagnements. Pensant que cela faisait
partie du menu, nous dévorons joyeusement. Grave erreur, la douloureuse a bien porté son nom. Comparé au prix que nous aurions payé en France pour le même repas, c’est loin d’être une arnaque,
mais pour le Maroc nous avons trouvé ça limite. Moralité, toujours fixer le prix avant si l’on veut éviter de passer pour de parfaits pigeons !
L’après midi pluvieuse se déroula sans trop de problèmes, et nous avons atteint Khemisset, notre étape du jour, en fin d’après midi pour terminer dans un hôtel miteux mais très pittoresque, où
nous avons pu côtoyer des Marocains en sortie au café. Dépaysant ! Nous avons également pu constater qu’une journée de vélo suffisait à nous faire facilement tomber dans les bras de Morphée
malgré les hurlements de plusieurs dizaines de jeunes Marocains en furie devant un match de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). L’insomnie ne nous guette donc pas !
Khemisset par temps gris, ce n’est pas ce qu’il y a de plus réjouissant. Déjà qu’en
temps normal ce ne doit pas être le top, alors imaginez la morosité ambiante quand nous avons pris la route ce matin. Mais restons positifs : il fait gris, OK, mais il ne pleut pas. Et après
seulement quelques kilomètres, nous avons eu le plaisir de nous taper une descente du feu de dieu. Plusieurs kilomètres sans pédaler, le pied ! Seulement nous ne sommes pas au ski. Après une
bonne descente, pas de télésiège pour nous remonter. Et ces quelques minutes de bonheur furent vite oubliées quand elles laissèrent place à des heures de labeur (en plus ça rime, quel
talent !). C’est fou comme on finit par regretter une descente quand la montée qui suit s’annonce. Mais bon, on voit clairement que nos jambes se sont endurcies et la grimpette abrupte passe
plutôt bien, surtout que le paysage vaut le coup d’œil.
Après avoir remonté l’équivalent de ce que nous avions joyeusement descendu, nous avons pu découvrir le pays de collines que constitue une partie du Maroc. Ca monte doucement, ça descend
doucement, et ce, un nombre incalculable de fois. Plutôt usant. Allez, on s’accorde une petite pause dans un café perdu au milieu de la campagne et tenu par une vieille femme qui nous sert un thé
contenant des feuilles ne ressemblant pas du tout à de la menthe. Un peu bizarre au goût, mais ça se laisse boire. On se demande encore ce que l’on a ingurgité !
4 jeunes locaux rentrent dans le lieu en question et s’affairent dans un coin. Que
font-ils ? Nous rentrons voir et comprenons vite : le billard était caché. Nous ne sommes plus très loin de Meknès, aussi nous pouvons prendre notre temps et défier ces joueurs
pendant une petite heure. Résultat peu glorieux sur le plan sportif mais très réussi sur le plan humain.
Le soleil a ensuite eu la bonne idée de pointer le bout de ses rayons et c’est en sa réchauffante compagnie que nous avons rejoint Meknès pour visiter pendant 2 jours notre deuxième ville
impérial du Maroc, après Rabat, en attendant de voir les 2 dernières : Fès et Marrakech.
La ville de Meknès s’est donc offerte à nous pendant ces jours off. Nous l’avons bien
arpentée , entre la visite du mausolée Moulay Ismaïl (un des seuls accessibles aux non-musulmans), balade dans la médina et ses nombreux marchés très colorés, et dégustation de nombreux thés à la
menthe. Un bon séjour, un peu agité pour PE qui a connu les joies de la digestion difficile.
Avec des intestins ayant dansé la samba une partie de la nuit, c’est dans une forme plus que moyenne que le départ fut lancé pour cette petite étape de 60km entre Meknès et Fès. Par contre,
serait ce trop demander un peu de soleil au Maroc ?! A priori oui, le ciel fait grise mine. Pressés d’arriver, nous abrégeons les pauses. A noter que dans le café où nous nous sommes arrêtés
pour souffler (on n’est pas des bêtes quand même !), d’autres soufflaient eux aussi, mais de la fumée d’une substance très cultivée au Maroc et qui fait « bronzer la tête » pour
reprendre une expression fréquemment entendue ici.
Arrivés à Fès, nous avons pris nos quartiers dans le superbe appartement de M. Martinez, avant de nous enfoncer dans les ruelles de l’immense médina, puis de conclure cette journée par un délicieux couscous. Allez hop, 2 jours sans vélo. Youpi !
Fès. Ville envoûtante et effrayante à la fois. Du monde partout, des échoppes à toutes
resserrées, ça pousse, ça crie, ça vit quoi ! Le sport roi pour les touristes semble être de se perdre dans les rues de ce qui est censé être (d’après les guides), la plus belle médina du
Maroc. Et c’est vrai qu’elle impressionne cette médina. A perte de vue des ruelles, des impasses, un vrai labyrinthe avec des murs parfois si hauts qu’ils laissent à peine passer la lumière du
jour. Ne nous demandez pas de retrouver tel ou tel magasin, nous en serions bien incapables ! Il est d’ailleurs amusant de constater les disparités entre les boutiques. Vous pouvez très bien
passer devant un atelier produisant tapis ou poteries d’une manière artisanale, pour ensuite atterrir à côté, dans un local vendant de l’électronique avec musique américaine (généralement RnB ou
hip hop, tout ce qu’il y a de plus commercial) à fond la sono. Tradition et modernité cote à cote. Symbole du Maroc d’aujourd’hui ?
Nous avons pu côtoyer de près cette population de la médina, notamment en passant une soirée à jouer au billard et à regarder un match de la CAN, en compagnie de la jeunesse local, dans un
endroit sur lequel nous sommes tombés complètement par hasard, et que là aussi on aura du mal à retrouver. Ici, le « bronzage de la tête » est de rigueur, le kiff circule librement et
petits et grands tirent sur leurs « cigarettes détendantes ». Hé, on ne touche pas à ça nous !!
Cette halte à Fès sera également marquée par notre rencontre avec 2 classes de CM2 de
l’école française locale. Toujours aussi sympa.
Nous comptions nous lancer à l'assaut de l'Atlas, mais les petits problèmes de santé de PE nous ont incité à la prudence. Aussi, nous nous accordons une journée de repos supplémentaire, qui sera
compensée par une nouvelle expérience, celle du bus marocain. Mais ne pensez pas que nous voulons nous laisser aller à la flemardise pendant tout ce voyage. Dès que cela ira un peu mieux, retour
direct sur les vélos !^
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